Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

samedi, 24 décembre 2011

Quand Henri de MONFREID découvrit l'orgue de la basilique Saint-Nazaire dans la Cité de Carcassonne

Basilique Saint Nazaire.jpg
La Basilique Saint-Nazaire dans la Cité de Carcassonne.
Editions: Coderch-Tailhan


L'aventurier et romancier
Henri de Monfreid
(1879-1977)
a vécu dans sa jeunesse
chroniques de carcassonne,basilique saint-nazaire de carcassonne,henri de monfreid,joseph baichère
prés du square Gambetta dans la Bastide Saint-Louis à
Carcassonne
où il fit ses études au lycée de 1891 à 1898.
 Henri de Montfreid Carcassonne.jpg
Le dimanche, il montait à la Basilique Saint-Nazaire pour retrouver son professeur
de musique qui était également l'organiste titulaire de l'église,
Joseph Baichère
(1856-1939)
Celui-ci, avait fait la prestigieuse école Niedermeyer de musique classique et
 religieuse de Paris. Il deviendra par la suite organiste titulaire de Saint-Vincent
en vivant d'une activité de pianiste de cafés-concerts.
Compositeur, il publiera des pièces de musiques dont certaines
furent dédiées à Paul Lacombe.
chroniques de carcassonne,basilique saint-nazaire de carcassonne,henri de monfreid,joseph baichère
Le grand orgue de la Basilique avec son ancienne balustrade réalisée
par le ferronnier Castre en 1873.
 Collection: Jean-Louis Bergnes
-----------
BAICHERE002.jpg
BAICHERE001.jpg
"Noël"
musique de Joseph Baichère sur un poème de l'abbé Cunnac.
Collection: Jean-Louis Bergnes
-----------
Dans ses mémoires publiées en 1973,
Henri de Monfreid
fait un récit imagé de sa découverte de l'instrument et rend
 dans cet extrait malgré quelques inexactitudes, dues
 certainement à une mémoire défaillante, un vibrant hommage à
Joseph Baichère:

" Le dimanche, nous montions à la Cité, sous le prétexte d'assister à la messe, mais en réalité pour écouter Baichère, mon professeur de musique, organiste de la vieille église de Saint-Nazaire, où se trouvait l'orgue le plus ancien de France
(il datait du quinziéme siécle).

Je montais toujours rejoindre Baichère aux claviers, sur cet étroit balcon derrière le "Récit". On y accédait par d'étroites échelles, dans une obscurité où flottait une odeur de poussière et de cuir, qui me semblait être l'odeur même du passé.
Je respirais le Moyen-âge.

Au premier palier, une sorte d'entresol, était la soufflerie. Là, dans la pénombre, s'alignaient trois énormes soufflets de forges, chargés de contrepoids en pierre.
Quand Baichère voulait du vent, il tirait un petit anneau et un mystérieux
fil de fer agitait une clochette de bois.

On aurait  dit le macabre cliquetis d'un squelette, et aussitôt un nain, une sorte de gnome à grosse tête, sortait on ne savait d'où. Il soulevait lentement les leviers et derrière lui, les étranges machines s'abaissaient avec un long gémissement. Dans le silence, cette respiration réguliére semblait être celle d'un monstre qui se préparait à chanter.
Béchaire était assis sur un haut tabouret, éclairé par des morceaux de cierges plantés sur d'antiques chandeliers à pointe. Avec sa tête à l'expression douloureuse, lui aussi appartenait à un autre temps. Vu ainsi. au milieu de ces anges à l'expression naïve, qui souriaient en mépris du temps, le pauvre et timide Baichère représentait vraiment le rêve eternel de l'artiste, qui flotte sur la vulgarité des foules comme la brume matinale, pure et impolluée, voile de sa blancheur les laideurs terrestres,
la gadoue des faubourgs sur la terre esclave.

Tout à coup, les deux mains touchèrent le clavier et fidéles au maître qui les éveille, les tuyaux sonores chantèrent. La cathédrale entière vibrait, et au centre de cette surhumaine symphonie qui ,emportait toutes les âmes vers Dieu, il y avait seulement les deux mains amaigries du pauvre artiste ignoré...
J'étais transporté, et dès ce jour, j'eus la passion de l'orgue. Le vieux souffleur, le soir, pour quelques sous, manoeuvrait les soufflets, et tout seul dans la vieille église obscure, j'improvisais de rudimentaires harmonies. J'oubliais totalement le reste du monde".
chroniques de carcassonne,basilique saint-nazaire de carcassonne,henri de monfreid,joseph baichère
Intérieur de la Basilique avec l'orgue en arrière plan.
Editions: Coderch-Tailhan
---------
chroniques de carcassonne,basilique saint-nazaire de carcassonne,henri de monfreid,joseph baichère
Joseph Baichère
repose au cimetière de la Cité.
Photo: Chroniques de Carcassonne
----------
A Lire pour en savoir plus:
chroniques de carcassonne,basilique saint-nazaire de carcassonne,henri de monfreid,joseph baichère
 l'ouvrage le plus complet sur l'histoire de l'orgue, rédigé par
Jean-Louis Bergnes
organiste titulaire de cet instrument que je remercie vivement pour son aide.

Édité par la Société de musicologie du Languedoc 168 pages / Beziers 1985
chroniques de carcassonne,basilique saint-nazaire de carcassonne,henri de monfreid,joseph baichère
Le feu de Saint-Elme
Chapitre V, p.56 à 66.
"Au lycée de Carcassonne"
Editions Robert Laffont 1973.
--------
Avec mes remerciements à
Martial Andrieu.
--------
www.estivales.org

Commentaires

En fait sur la photo du lycée du haut de la rue de Verdun ou plutot de la Grand Rue, apparait mon arrière grand père qui s' appelait Louis Busquet et non Bousquet comme le stipule la légende.
J' ai grande ressouvenance de mon trisailleul me racontant l' anecdote du chiffre 5 tatoué sur le bras gauche des deux amis en mémoire de leur année de classe de cinquième au grand lycée de Carcassonne.
Busquet et De Montfreid ne donnaient visiblement pas dans la mélancolie!
Louis Busquet était le père de Madelaine et Marguerite Busquet.
Margueritte Busquet épouse Paul Rey et donnent naissance à cinq enfants: Paul,Louis,André,Marcel et ma mère Jeanne.
Elle meme épouse Henri Abizanda.......

Écrit par : Zanda | dimanche, 25 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Superbe billet ! et le texte alors, magnifique .

Écrit par : Thierry | lundi, 26 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Et moi il m'est arrive exactement la même chose avec les mêmes impressions quelques années plus tard (à compter de 1968). j'ai commence l'orgue avec Jean Louis Bergnes et j'allais l'écouter pratiquement tous les soirs ainsi qu'avec Maître Tournier à St Michel.! Merveilleux souvenirs! Un grand merci à eux!

Écrit par : Anne Pidoux | lundi, 26 mai 2014

Répondre à ce commentaire

Je fais partir de la famille de Joseph Baichere. C'était un parent de mon père Paul Baichere. Mon père m'en parler souvent de Joseph qui était organiste à St Vincent.
Merci pour tout ces documents sur ce parent célèbre. Alain

Écrit par : Alain Baichere | mercredi, 19 avril 2017

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire