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samedi, 15 août 2015

En visite au pélicandrome sur l'aéroport de Carcassonne.

 Basés pendant la période estivale à
Carcassonne,
ils assurent vaillamment chaque été la lutte contre les incendies.
Voici un reportage réalisé par
Mathieu Mounicq
sur les Trackers, des avions pas comme les autres !
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Visite du Pélicandrome de Carcassonne

Comme chaque année, le pélicandrome de Carcassonne accueille pour la saison estivale (de juillet à septembre) deux bombardiers d’eau S-2 T Tracker de la Sécurité Civile. C’est l’un des deux pélicandromes utilisés chaque été de la sorte dans le sud-est de la France en-dehors de Marignane (base de la Sécurité Civile). Le second détachement étant réalisé sur la base aérienne 126 de Solenzara, en Corse.
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 Ce détachement saisonnier est armé en permanence par quatre pilotes de la Sécurité Civile, quatre mécaniciens de l’entreprise Sabena Technics et une demi-douzaine de personnels du SDIS 11 qui assurent notamment le ravitaillement en eau/retardant des avions lors des sorties. Pilotes et mécaniciens se relaient par équipes de deux à proximité immédiate des avions après avoir vérifié que tout est prêt pour le décollage.
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 En temps normal, ils se tiennent ainsi prêt à répondre à une demande de renfort des pompiers au sol sur tout le Sud-Est de la France, voire dans le Sud-Ouest comme ce fut le cas près de Bordeaux il y a quelques semaines.
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Le Tracker
 Le Grumman S-2 Tracker est un appareil bimoteurs à hélices dont la conception remonte aux années 50. Appareil à l’origine quadriplaces, il a connu une brillante carrière en tant qu’avion embarqué de lutte anti-sousmarine sur les porte-avions de la marine américaine jusqu’en 1974. Reconverti en bombardier d’eau, il équipe la Sécurité Civile depuis le milieu des années 80, date à laquelle une vingtaine d’exemplaires ont été achetés par la France.  Il a depuis été rénové afin de pouvoir rester en service jusqu’en 2020. La Sécurité Civile utilise encore aujourd’hui 9 exemplaires de cet appareil aux côtés des célèbres Canadairs ou encore Dash-8. Ce sont les plus vieux guerriers de l’inventaire de la Sécurité Civile puisque certains totalisent près de 20 000 heures de vol.
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 Le rôle des Trackers est d’intervenir au plus vite afin de circonscrire les départs de feux. Pour ce faire, l’avion emporte en soute une charge de 3200 litres de produits retardants ou d’eau. Opérant systématiquement en patrouille de deux appareils, les Trackers effectuent également des missions de guet aérien armé lorsque les risques d’incendies sont très élevés. Cela permet ainsi de réduire considérablement les délais d’intervention.
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 A la différence des Canadairs qui sont des appareils amphibies pouvant écoper sur les grandes étendues d’eau, les Trackers effectuent une noria entre les incendies et les pélicandromes. Le remplissage de la soute s’effectue moteurs tournants et pilote à bord en 1 minute 30s. Additionné à une vitesse de 400 km/h et à la priorité dont disposent les avions pour se poser et décoller au milieu du trafic aérien, cela permet au Tracker de pouvoir très rapidement revenir sur les lieux de l’incendie. Les seuls facteurs limitants pour les interventions sont la tombée de la nuit et une limitation du nombre d’heures de vol consécutives de 8h pour chaque pilote.
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  Les pilotes
Les pilotes de Trackers sont tous d’anciens pilotes militaires comptant plusieurs milliers d’heures de vol et  rompus au vol en patrouille de deux appareils. Lorsqu’ils intègrent la Sécurité Civile, ils apprennent à piloter leur nouvel avion à l’occasion de vols réalisés avec un pilote expérimenté. Le Tracker bien qu’opérationnellement utilisé par un seul pilote, dispose en effet de deux places.
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 Au-delà de la prise en main de l’appareil, relativement rapide, il leur est nécessaire d’apprendre une toute nouvelle façon de piloter pour mener à bien leur mission de bombardiers d’eau. En effet, les interventions des Trackers se réalisent le plus souvent dans des conditions difficiles : près du relief, dans un environnement saturé de fumée qui réduit la visibilité et d’air chaud qui entraine d’importantes turbulences. En plus de ces conditions défavorables, il leur est également nécessaire de manœuvrer l’avion à basse vitesse afin de larguer précisément leur charge de retardant ou d’eau et ce faisant, de se rapprocher de la limite de décrochage de l’appareil (perte de contrôle faute de vitesse).
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 C’est pourquoi les pilotes doivent justifier avant chaque saison d’intervention de 35h de vol minimum effectuées en entrainement. Ces vols d’entrainement sont planifiés durant la saison « hivernale » de manière à ce que chaque pilote vole régulièrement et selon ses besoins d’entrainement notamment lorsqu’il s’agit d’un « jeune » pilote. Sur une année complète, chaque pilote vole au final en moyenne 200h (ce qui correspond à peu près au quota annuel d’heures de vol d’un pilote de chasse aujourd’hui), la majorité de ces heures étant accomplies sur les trois mois de la saison estivale.
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 Les mécaniciens
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 L’entretien des Trackers de la Sécurité Civile est réalisé par la société Sabena Technics. Son personnel suit ainsi les pilotes et les appareils lors de leurs différents détachements en France. A Carcassonne, ce sont ainsi 2x2 mécaniciens qui veillent à ce que les appareils soient opérationnels tous les jours. Premiers arrivés le matin pour la première vérification des machines (les pilotes effectuant l’ultime vérification lors de leur prise de garde), ils sont aussi les derniers partis le soir après avoir reconditionné les avions pour la journée du lendemain.
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Je remercie le SDIS de l’Aude pour avoir rendu cette visite possible ainsi que les pilotes de la Sécurité Civile et les mécaniciens de Sabena Technics pour leur accueil et leurs réponses à mes questions.

Textes et Photos: Mathieu Mounicq (2015)
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Infographie publiée dans
Aujourd'hui en France Magazine du 14/08/2015
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http://chroniquesdecarcassonne.midiblogs.com/archive/2012...

 

Commentaires

Le Tracker est parfaitement adapté pour les zones éloignées de possibilités d'écopage. En effet au bord de la Méditerranée, des lacs..le canadair certes un peu plus lent se remplit en une minute, alors que le temps entre se poser et redécoller en ayant fait le plein est de minimum 10 minutes, un quart d'heure, pour un remplissage au sol (beaucoup plus à Marignane parcequ'il n'a pas priorité sur le trafic). Le Canadair a parcouru une cinquantaine de kilomètres pendant ce temps!
Le Tracker doit larguer sur du "vert" en avant des flammes car le but du retardant est d'ignifuger la végétation devant le feu (phosphate di-ammonique) et de créer une "barrière de retardant" par plusieurs largages alignés, alors que le Canadair largue sur les flammes dans le but de les éteindre.
En cas de risque d'incendie le Tracker est mis en alerte en vol avec un plein pour intervenir plus rapidement en "premier secours sur un feu naissant.

Écrit par : Michel M | samedi, 15 août 2015

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Bonjour,
Bon petit reportage mais, pourquoi ne pas avoir profité de la visite pour prendre quelques photos de l'intérieur de l'avion et particulièrement son cockpit ?
Cordialement.

Écrit par : Robert Guglieta | samedi, 15 août 2015

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Bonjour Michel,

Effectivement Tracker et Canadair sont complémentaires en matière de lutte contre les incendies. Concernant l'avantage des Canadairs lié à l'écopage, il dépend néanmoins de la localisation de l'incendie. Par exemple pour le feu de Laure Minervois le 17/07/14, les Trackers intervenaient très près du pélicandrome de Carcassonne.

Pour répondre à votre question Mr Guglieta, le cockpit ne m'était pas accessible pour raison de sécurité des vols : en effet, lorsque les pilotes ont pris en charge les avions et effectués les vérifications pré-vol, plus personne (y compris les mécaniciens) n'a accès à l'avion pour éviter une modification involontaire des réglages / commandes de vol.

Cordialement,

Écrit par : Mathieu M | samedi, 15 août 2015

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Bonjour Mathieu,
vous confirmez ce que j'ai écrit: la proximité des zones d'écopage et le travail sans retardant donne la priorité au Canadair, c'est le cas pour le littoral des Alpes Maritimes, Var, Bouches du Rhône, Gard, Hérault, Aude et Pyrénées-Orientales. Un Canadair pour un feu dans les Aspres catalanes est plus efficace qu'un Tracker qui vient faire le plein à Carcassonne! Une occasion pour moi de préciser que c'est l'Etat-Major de Zone de Valabre qui détermine le choix de l'appareil à faire intervenir en fonction des disponibilités, des risques prévus et des autres opérations simultanées.Le choix de l'appareil détermine la façon de travailler (avec ou sans retardant).
J'ai envoyé à Alain Pignon une photo d'archives du cockpit du Tracker. Cordialement

Écrit par : Michel M | samedi, 15 août 2015

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Merci Alain pour ce reportage.
Amoureux de ces avions et des prouesses de leurs pilotes ! Ils ont un bruit caractéristique qui font qu'on lève les yeux au ciel lorsqu'on les entend dans l'espoir de les apercevoir.
Ils me font rêver depuis ma tendre enfance. Merci à ces pilotes de veiller à notre patrimoine au péril de leurs vies quelquefois... Je me rappelle les avoir vu se ravitailler en eau à Narbonne-plage lors du grand incendie de la Clape et je garanti qu'il faut en avoir de l'expérience et d'autres choses aussi ! Ils nous arrive le soir de monter sur les hauteurs de Maquens et guetter le retour au bercail des deux oiseaux rouges et blancs dans notre ciel carcassonnais. Bravo et merci !

Écrit par : Jean-Marc Filieul | samedi, 15 août 2015

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...un simple bruit d'avion à hélices, rien à voir avec le "divin" bruit des derniers moteurs en étoile: le pratt & whitney du Canadair CL 215, increvable mais trop gourmand en essence A, abandonné pour des raisons de pièces et d'économie!

Écrit par : Michel M. | samedi, 15 août 2015

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Bonsoir Jean-Marc. Ce reportage est signé Mathieu Mounicq. Merci pour ta fidélité à ce blog

Écrit par : Alain | samedi, 15 août 2015

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Bonjour et merci de votre réponse Mathieu.
J'ignorai totalement ce point, très particulier, qui plus est, ne sera pas inutile car tous le monde en profitera (au titre d'information complémentaire, bien entendu).
Le principal, c'est que les pilotes ne se soient pas interdits, à leur tour, de monter dans le cockpit !! Ce serait le comble !! Lol.
Quoi qu'il en soit, j'en profite pour souligner que vos photos sont très belles et les explications au top !
Sincères salutations.
Robert.

Écrit par : Robert Guglieta | samedi, 29 août 2015

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